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Au Gabon, les petites entreprises découvrent la rigueur de la gestion

Publié le

par Jade Lamoine

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La scène se passe à Akanda, dans un atelier de menuiserie qui sent la sciure et l’huile de coude. Le patron, Léandre, 42 ans, vient de refuser un chantier de …

Au Gabon, les petites entreprises découvrent la rigueur de la gestion

La scène se passe à Akanda, dans un atelier de menuiserie qui sent la sciure et l’huile de coude. Le patron, Léandre, 42 ans, vient de refuser un chantier de 18 millions de francs CFA. Motif ? Il n’a pas les fonds pour acheter le bois avant d’être payé. « Avant, je signais les yeux fermés, aujourd’hui je regarde ma trésorerie. » Léandre a suivi, l’an dernier, une formation express à la gestion d’entreprise. Il n’est pas le seul. Depuis deux ans, les petites structures gabonaises se mettent à la comptabilité comme on apprend à nager : un peu par nécessité, beaucoup par survie. Sur lexana.org, on trouve d’ailleurs des articles qui décortiquent ces bascules silencieuses, loin des effets d’annonce.

Le phénomène n’a rien de spectaculaire. Il se joue dans les arrière-cours de Libreville, les marchés de Port-Gentil, les zones commerciales d’Owendo. Des gérants qui tenaient leurs comptes sur un carnet moleskine passent à un tableur. Des factures manuscrites deviennent des PDF envoyés par WhatsApp. Ce n’est pas une révolution numérique. C’est une lente prise de conscience que sans vision claire des chiffres, on ne survit pas aux à-coups.

Les banques locales ont leur part de responsabilité. Elles prêtent plus volontiers à des dossiers propres, avec un plan de trésorerie lisible. Un directeur d’agence à Libreville m’a confié : « Je reçois dix demandes par semaine. Huit sont refusées pour la même raison : le demandeur ne sait pas combien il gagne vraiment. »

La facture invisible

Diriger une petite entreprise au Gabon, c’est composer avec des charges qui ne figurent sur aucun devis. Les coupures d’électricité obligent à acheter un groupe électrogène. Les embouteillages rallongent les tournées de livraison. Les délais de paiement des gros clients étirent la trésorerie. Autant de coûts cachés qui grignotent la marge sans prévenir.

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J’ai connu un transporteur de PK12. Il roulait avec trois camions. Il pensait gagner 600 000 francs par mois. Après six mois de relevés sérieux, il a découvert qu’il perdait 200 000. Le gasoil, l’entretien, les amendes non provisionnées. Il a réduit sa flotte à deux véhicules et augmenté ses tarifs. Aujourd’hui, il dégage un bénéfice réel, modeste mais réel. « J’aurais préféré le savoir plus tôt », soupire-t-il.

Ce genre d’histoire n’a rien d’anecdotique. Elle dit une chose simple : la gestion n’est pas un luxe de grande entreprise. C’est un outil de survie pour les TPE.

Alors pourquoi tant de patrons gabonais l’ignorent-ils ?

Plusieurs raisons se croisent. La formation initiale, déjà, parle peu de comptabilité aux futurs artisans. Ensuite, la culture du « on verra bien » reste tenace. Enfin, beaucoup de dirigeants confondent chiffre d’affaires et bénéfice. Une confusion qui coûte cher.

Les choses bougent. Des incubateurs à Libreville proposent des ateliers gratuits. Des cabinets de conseil adaptent leurs tarifs. Et surtout, une nouvelle génération arrive : plus jeune, plus connectée, moins effrayée par les tableaux croisés dynamiques.

Les outils changent, pas la mentalité

On pourrait croire que les logiciels de gestion règlent tout. Faux. Le logiciel ne remplace pas la rigueur. Il la révèle.

Un entrepreneur qui ne note pas ses dépenses ne les maîtrisera pas davantage avec une application dernier cri. La discipline précède l’outil. Toujours.

Dans les faits, les entreprises qui s’en sortent le mieux ne sont pas les plus grosses. Ce sont les plus régulières. Celles qui bouclent leur caisse chaque soir. Qui comparent leurs prévisions aux réalisations chaque mois. Qui osent dire non à un client toxique.

  • Une boulangerie de Nzeng-Ayong a doublé sa marge en réduisant ses invendus de 40 %.
  • Un atelier de couture a refusé trois commandes pour tenir ses délais et a gagné deux clients plus fidèles.
  • Une petite quincaillerie a fermé le dimanche et vu son chiffre hebdomadaire progresser, contre toute attente.
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Ces décisions paraissent banales. Elles demandent pourtant du courage. Dire non à de l’argent immédiat pour protéger sa structure, c’est un réflexe rare.

Ce que l’actualité économique nous apprend

Le Gabon traverse une période charnière. La diversification est sur toutes les lèvres. On parle d’agriculture, de numérique, de tourisme. Mais une diversification sans compétences de gestion, c’est une coquille vide.

Les bailleurs internationaux conditionnent désormais leurs financements à des indicateurs précis. Les banques locales durcissent leurs critères. Le contexte pousse à la professionnalisation, que cela plaise ou non. Pour un autre exemple d’évolution réglementaire, voir le visa au Ghana et ses conséquences.

Je ne crois pas aux discours qui font de l’entrepreneur un héros solitaire. La réussite d’une TPE dépend d’un tissu : comptable accessible, formation continue, accès au crédit, clients qui paient à l’heure. Quand une pièce manque, tout l’édifice tremble.

Reste une question de fond. Le Gabon forme-t-il assez de comptables pour accompagner ses petites entreprises ? La réponse est non. Les cabinets manquent de bras. Les délais s’allongent. Certains patrons renoncent purement et simplement à tenir une comptabilité, faute de pouvoir la faire valider. Sur le même terrain social, voir la retraite des agents civils repoussée à 62 ans.

La solution viendra peut-être des pairs. Des groupes de dirigeants qui partagent leurs chiffres en confiance. Des réseaux d’entraide où l’on compare ses marges sans honte.

Une chose est sûre : l’époque où l’on pouvait piloter à l’instinct se referme. Les entreprises gabonaises qui intégreront la gestion comme une habitude quotidienne, et non comme une corvée annuelle, seront celles qui traverseront les prochaines crises. Les autres subiront.

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